Les habitations et autres monuments troglodytiques

Offrant souvent une façade sur l’extérieur qui permet de les repérer de loin, les habitations troglodytiques constituent sans nul doute les monuments souterrains les mieux connus du grand public. Ces cavités ne sont rien de plus que des habitations dont l’originalité est d’être creusées dans la roche. Il en existe dans plusieurs régions du monde, comme en Cappadoce, en Tunisie, en Iran ou en Chine. En France, les maisons creusées se rencontrent dans la vallée de la Loire, en Périgord, dans les vallées de la Seine, de l’Oise et de l’Aisne mais aussi en Provence. Ce type d’habitat a séduit en son temps toutes les catégories de la société. De modestes cavités n’abritant qu’une seule pièce côtoient de vastes demeures seigneuriales, et il existe aussi des pigeonniers et des magnaneries troglodytiques, des monastères, des chapelles et même des églises souterraines.


Les carrières souterraines

Principalement implantées dans les bassins sédimentaires, les carrières souterraines ont été creusées dans le but d’en extraire de la pierre à bâtir. Elles sont souvent de grandes dimensions et forment un labyrinthe de vastes couloirs dépourvus d’aménagements et aux ramifications étendues. La carrière paysanne, destinée à fournir de la pierre pour la construction d’un bâtiment modeste, peut se limiter à un puits d’extraction donnant dans une petite cavité tri ou quadripartite. Au contraire, les carrières utilisées lors de grands travaux comme la construction des villes ou des cathédrales peuvent s’étendre sur des centaines de mètres. De larges et hautes galeries tissent alors dans le sol une toile serrée délimitant des piliers massifs soutenant la voûte. L’accès aux ateliers d’extraction et l’évacuation des pierres se faisait par des puits ou par des bouches de cavage ouvertes à flanc de coteau ou au bout de de descentes en plan incliné.
Dans plusieurs régions de France comme le Val de Loire ou le Bordelais, l’exploitation pluriséculaire de la pierre a laissé d’immenses espaces souterrains disséminés dans le sous-sol. En certains lieux l’abondance en galeries souterraine s’avère à peine imaginable. Autour ou même sous certaines villes comme Paris, il existe ainsi de gigantesques réseaux légués par le travail des carriers.


Les caves

Les caves ont pour fonction le stockage et la conservation des denrées. Elles se présentent souvent comme des galeries assez larges, aux parois brutes, dépourvues de tout aménagement. Il s’agit en général de dépendances directes de l’habitat de surface. En France, des réseaux de caves s’étendent, parfois sous plusieurs étages, sous d’anciennes villes marchandes comme Clermont-Ferrand, Limoges, Senlis ou Provins ; elles permettaient d’entreposer, au cœur de la cité et à l’abri de ses murs, barriques, denrées alimentaires, produits de négoce ou matières premières nécessaires aux artisans. Dans les terroirs viticoles, de grandes caves, utilisées pour la conservation du vin, occupent généralement les vastes espaces créés par les carrières souterraines.


Les aqueducs souterrains

Datant pour les plus anciens de l’époque romaine, les aqueducs souterrains, qui assuraient l’alimentation en eau des grandes villes, se présentent sous la forme de très longues galeries appareillées ou directement taillées dans la roche, larges de moins d’un mètre et hautes de 1,50 à 2 m. Ces boyaux correspondent aux parties souterraines d’ouvrages comprenant également des portions aériennes. Dans les aqueducs souterrains, des puits reliant les galeries à la surface, ayant servi à leur creusement puis utilisés pour leur entretien, se répètent à espace régulier tout le long du trajet.


Les souterrains aménagés

Les souterrains aménagés sont les cavités creusées par l’homme les moins connues et les plus secrètes. Ils constituent le principal sujet d’étude de Jérôme et Laurent Triolet.
Ces réseaux aveugles plus ou moins étendus se présentent sous la forme de couloirs relativement étroits reliant des salles de dimensions et de formes variées. Ils sont pourvus d’aménagements le plus souvent taillés dans la roche (niches, feuillures, trous d’aération, fosses, goulots, banquettes…) en vue de leur utilisation par ceux qui les creusèrent. Il peut s’agir de cavités très simples, longues de moins d’une dizaine de mètres, ou de réseaux plus complexes dont le développement peut atteindre plusieurs centaines de mètres. La présence d’aménagements montre que les souterrains aménagés furent conçus à la fois pour assurer une fonction particulière et pour être fréquentés voire occupés par les humains.
Ce sont la nature des aménagements taillés dans la roche et le plan des cavités qui permettent d’identifier différentes catégories de souterrains aménagés, certaines bien individualisées et dont la fonction est assez facile à reconstituer, d’autres aux contours moins nets et beaucoup plus énigmatiques quant à leur usage. On peut néanmoins identifier deux grands groupes : les souterrains-refuges et les souterrains annulaires.


Les souterrains-refuges

Les souterrains-refuges sont des souterrains aménagés qui comportent des aménagements utilitaires (systèmes d’aération, niches, banquettes, puits à eau, mangeoires, silos à grains) et des aménagements défensifs (feuillures pour disposer des portes, goulots, puits-pièges, meurtrières, trous de visée). L’organisation de ces cavités avec des couloirs bas et étroits dessinant de multiples coudes et la répétition de systèmes défensifs construisent une défense en profondeur caractéristique de toute fortification. Les souterrains-refuges constituaient des forteresses souterraines de proximité, creusées en des périodes de troubles et conçues, dans nos campagnes, pour abriter une communauté (habitants d’une ferme, d’un hameau, d’une maison forte, d’un petit château, d’un village…) ainsi que ses moyens de subsistance (bétail, grains…). Ils devaient permettre à leurs occupants de survivre, et offrir, le cas échéant, une défense suffisamment efficace pour créer des difficultés et occasionner des pertes propres à décourager un ennemi de passage. La nature des systèmes de défense équipant ces réseaux a conduit Jérôme et Laurent Triolet à les classer en deux catégories : les souterrains-refuges à défense passive, et les souterrains-refuges à défense active, qu’ils considèrent comme plus tardifs. Dans les souterrains-refuges à défense passive, les systèmes de défense reposent sur des obstacles (portes, goulots) ou des pièges (puits, silos) ne nécessitant pas d’être servis par les défenseurs. Dans les souterrains-refuges à défense active, les systèmes de défense offrent plus de complexité et comprennent notamment des meurtrières ou des trous de visée qui, servis par les occupants du souterrain, permettaient d’anticiper et d’anéantir l’assaillant avant même qu’il ne s’attaque aux obstacles barrant sa progression vers le cœur du réseau.
Selon Jérôme et Laurent triolet, qui se basent sur l’organisation défensive des réseaux et la présence de systèmes de défense, les souterrains-refuges représentent la majorité des quelque 1650 souterrains aménagés aujourd’hui répertoriés en France. Beaucoup d’autres, dépourvus de caractéristiques aussi nettes, appartiennent probablement à cette même catégorie. D’après les données historiques et archéologiques disponibles, de très nombreux souterrains-refuges furent ainsi creusés en France du Xe au tout début du XVIIIe siècle, et ce phénomène a concerné pratiquement toutes les catégories sociales de la société rurale.
Pour en savoir plus :
Des monuments sortis de l’ombre, les souterrains-refuges, livre de Jérôme et Laurent Triolet
Souterrains du monde, livre de Jérôme et Laurent Triolet


Les souterrains annulaires

Les souterrains annulaires, quant à eux, se caractérisent par la présence d’une galerie dont le tracé décrit un ou plusieurs anneaux. La section et le gabarit de leurs couloirs sont semblables à ceux de la plupart des souterrains aménagés et ils comportent des aménagements creusés dans la roche comme des niches, des feuillures, des trous d’aération ou encore parfois des goulots. Contrairement aux souterrains-refuges, l’identification de cette catégorie particulière de souterrains aménagés repose sur un critère purement typologique : la présence d’un couloir annulaire. Un peu plus d’une centaine de souterrains annulaires sont répertoriés en France, ce qui en fait une catégorie très minoritaire. Ils se localisent principalement dans la Montagne bourbonnaise et la Montagne thiernoise (Massif central), et dans le Haut-Bocage à l’ouest de Bressuire (Sud du Massif armoricain). Les rares datations disponibles indiquent qu’ils auraient été creusés sur une période s’étendant du Xe au XIIe siècle, et que certains furent fréquentés jusqu’au XIVe-XVe siècle. Leur plan ne semblant pas correspondre à une fonction utilitaire, leur raison d’être reste énigmatique. L’hypothèse d’une utilisation cultuelle en lien avec le culte des morts et la fécondité a été avancée. Aucun élément tangible (texte, résultat de fouille) ne vient cependant conforter cette hypothèse, construite de surcroît par défaut.


Les tunnels de guerre

Les tunnels de guerre les plus connus se trouvent dans le Sud du Vietnam. Dans la région de Saigon, il existe un réseau impressionnant de tunnels, principalement creusés durant la guerre du Vietnam. Autour de Cu Chi et dans le Triangle de Fer, il aurait ainsi existé jusqu’à 300 km de tunnels ayant abrité jusqu’à 16 000 personnes. Les galeries des tunnels de Cu Chi sont très basses (0,60 à 1,10 m de hauteur) et très étroites (0,50 à 0,70 m de large), et les portions de tunnels font plusieurs centaines de mètres de long. Les galeries changent souvent de direction et se ramifient en plusieurs branches étagées sur 2 ou 3 niveaux. Des trappes soigneusement camouflées dans le sol de la forêt obturaient les accès. Le réseau de tunnels rejoignait à l’extérieur des tranchées et des postes de tir. Les longues et étroites galeries donnaient également accès à des salles semi-enterrées dans lesquelles les Viêt-congs séjournaient. Elles servaient de cuisines, de dortoirs, de salles de réunion, d’infirmeries ou de salles d’opération. Au niveau le plus bas, les couloirs conduisaient à des salles totalement souterraines. Ces salles, plus petites et plus résistantes, étaient utilisées comme abris contre les bombardements ; les maquisards y entreposaient également nourriture, armes et munitions. Ayant souvent permis d’échapper à la surveillance aérienne, aux opérations de ratissage et aux bombardements des forces américaines, mais également de se déplacer secrètement et d’attaquer là où elles ne s’y attendait pas, les tunnels de guerre ont joué un rôle majeur dans la victoire nord-vietnamienne.
Ultérieurement et jusqu’à aujourd’hui, des conflits contemporains ont vu se développer une intense guerre souterraine inspirée, au moins pour partie, de l’expérience vietnamienne. C’est tout particulièrement le cas au Liban et dans la bande de Gaza avec les tunnels de guerre utilisés respectivement par le Hezbollah et le Hamas pour combattre Israël.
Dans les tunnels de guerre, grâce aux galeries, aux salles semi-enterrées et aux salles souterraines, les combattants peuvent échapper à la surveillance aérienne et se protéger contre les bombardements. Les longs couloirs des tunnels de guerre permettent aussi aux combattants d’échapper aux opérations de ratissage et de se déplacer secrètement pour contre-attaquer ou porter des attaques là où on ne les attend pas. C’est d’ailleurs pour cette raison, que les tunnels sont le plus souvent reliés à des tranchées et à des postes de tir. C’est par cette implication directe dans les combats que les tunnels de guerre se distinguent des souterrains-refuges.
Pour en savoir plus :
La guerre souterraine, livre de Jérôme et Laurent Triolet
Souterrains du monde, livre de Jérôme et Laurent Triolet

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